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Remarques générales

Le " Dictionnaire des peintres paysagistes français au XIXe siècle " affirme qu' "elle est une des premières femmes paysagistes de l'Ecole lyonnaise ". Femme peintre, elle l'est avec sa technique et sa sensibilité, mais également avec tout ce que comporte le destin des femmes artistes de ce siècle une fois mariées. Elle exerce son talent de paysagiste dans les régions de Lyon ou de Genève où elle réside longtemps, mais principalement dans le Bugey où elle fait de fréquents séjours ; on connaît d'elle également nombre de dessins et d'aquarelles de fleurs, façonnées avec l'exactitude d'un botaniste. Enfin, l'influence de l'Ecole lyonnaise se marque chez elle par la proximité et l'amitié du peintre Louis Guy.


Bibliographie :

 

  • Dictionnaire critique et documentaire des Peintres, Sculpteurs…, E Bénézit, Gründ, Paris, 1976

  • Dictionnaire des Peintres et Paysagistes français au XIXe siècle, Lydia Harambourg, Ides et Calendes,

  • Dictionnaire des petits maîtres de la peinture, 1820-1920, Gérald Schurr et Pierre Cabanne, Edition de l'amateur, 1996

  • Catalogue d'exposition (où elle est citée à plusieurs reprises sans être exposée) : Paysagistes lyonnais, 1800-1900, au musée des Beaux-Arts, Palais St Pierre, Lyon, juin à septembre 1984.

 

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Le milieu familial et culturel

A partir des années 1830 et jusqu'à la fin du siècle, la scène picturale lyonnaise est dominée par les peintres de fleurs et par les paysagistes. La fortune critique ira aux fleurs, à travers un maître incontesté, Simon Saint-Jean (1808 - 1860). L'influence des grandes industries locales traditionnelles de la soierie n'y est certainement pas pour rien. Le paysage est quant à lui une institution du bon goût lyonnais. On a pu dire que tout le monde " va au paysage " dans cette cité, comme tout le monde chante à Naples. Autant que le plaisir de l'œil et de la main, il semble que la sensation de bien-être que procure la randonnée soit primordiale.

On ne sait que peu de choses des parents d'Hélène Pourra. Tout au plus peut-on supposer qu'ils sont issus d'une classe bourgeoise, ouverte aux arts. Ils offrent une éducation artistique à leurs deux filles : la peinture pour la première née en 1835, la musique pour Madeleine, sa sœur cadette de cinq ans environ. On connaît encore mal la filière d'apprentissage que suit Hélène. Mais il apparaît avec certitude que deux peintres lui ont prodigué leurs conseils. Il s'agit en premier lieu de Michel-Philibert Genod, ami intime de la famille et en particulier du père, Nizier Pourra. Professeur aux Beaux-Arts de la ville, il distribue, dans de rares lettres, des conseils très classiques à la jeune fille, lui désignant la nature comme seul maître du paysagiste. Hélène a dû le rencontrer à de nombreuses reprises, puisqu'il semble être accueilli à la table de famille tous les lundis.

Les rares écrits sur Hélène Pourra lui donnent seulement Louis Guy (1824-1888) comme maître. De onze ans son aîné, ce peintre renommé de l'école lyonnaise suit les Beaux-Arts dans cette ville de 1839 à 1846. Il n'y enseignera qu'en 1871, donc trop tard pour qu'Hélène puisse suivre ses cours dans cet institut. Toutefois, on sait qu'il donna des leçons privées à des jeunes filles parallèlement à sa production picturale. Il est donc possible qu'il ait commencé cette activité pendant sa formation aux Beaux-Arts ou juste après. Hélène Pourra reste liée à ce peintre voyageur tout au long de sa vie. Elle lui vouera toujours un grand respect et recevra sa visite à plusieurs reprises pendant les années de pérégrinations dans le Bugey, entre 1851 et 1860, où elle se déplace parfois avec ses parents. Ces contacts se poursuivent durant la période genevoise de la peintre. Louis Guy ne manque pas de la visiter lorsqu'il se rend chez les clients potentiels - Hélène en cherche parfois pour lui - ou lorsqu'il part en quête de paysages. En 1872, lors de l'Exposition universelle de Lyon, ils iront ensemble déplacer leurs tableaux mal accrochés. Lorsque Hélène s'intéressera à la photographie, elle trouvera là aussi un terrain d'affinités avec Louis Guy. L'enseignement qu'elle prodiguera plus tard à son tour sera une manière de promouvoir le genre. Et si le style de Guy s'est perpétué jusque dans les années 1940, c'est, selon certains critiques, grâce à ces écoles, souvent pour jeunes filles, qu'ouvraient ses anciennes élèves ou connaissances. Lorsque Louis Guy meurt en 1888, Hélène mandate quelqu'un pour acquérir une œuvre, lors de la mise aux enchères de son atelier.

 

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La peintre du Bugey

On décrit Hélène Pourra comme une pionnière de la peinture en Bugey. En fait d'autres artistes suivent les mêmes routes qu'elle. Adolphe Appian (1818 - 1898) ou Antoine Ponthus-Cinier (1812 - 1885) travaillent sur le même terrain, exposent aux mêmes époques et bénéficieront d'une fortune critique bien plus abondante. Si le Bugey et les environs de Crémieu et de Morestel deviennent, après un voyage de Corot et l'établissement d'Auguste-François Ravier (1814 - 1895) dans cette dernière localité, le passage obligé de la centaine de paysagistes lyonnais, Hélène Pourra n'établira que peu de contacts avec eux. Les peintres qui se croisent parfois dans les auberges ne forment pas de réelle communauté.

Le choix de sortir de l'atelier pour " aller au paysage " est vécu par la plupart des peintres de l'époque comme de grandes vacances. Hélène Pourra ne fait pas exception. On séjourne dans le Bugey durant l'été, la plupart du temps accompagnés par des amies, et par des compagnons chasseurs pour les hommes, qui pratiquent souvent les deux activités. Hélène Pourra sort par ailleurs souvent le dimanche ou le jeudi du reste de l'année, pour croquer les abords de Lyon. On connaît d'elle un panorama de la ville depuis la Mulatière. Elle séjourne à la Brally, Crémieu, Bellegarde, Tenay, Poncin, Neuville sur Ain entre 1851 et 1860. Dans la plupart des lieux la famille Pourra entretient des relations d'amitié et de connaissance.

La carrière d'Hélène Pourra débute très tôt puisque la jeune fille est aux cimaises de Lyon dès ses seize ans. C'est précisément cette période d'avant son mariage en 1861, qui représente la partie la plus professionnelle de son activité de peintre.

 

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Mariage et réorientation de carrière

Le mariage de l'artiste en 1861 ne met pas un arrêt brutal à sa carrière, mais marque le début d'un abandon progressif et insidieux de la peinture au profit de ses nouvelles responsabilités : gestion de la famille et aide aux différentes entreprises de son mari. Elle est pourtant ravie de ce mariage arrangé par Agathe, la sœur de l'époux sur l'incitation de Michel, le frère aîné. Elle se retrouve avec bonheur dans un lieu rêvé : la campagne. Quant au mari, Gaston Anselmier, âgé alors de 35 ans, il est tout à fait satisfait de trouver une épouse à son goût, qui lui apporte en plus la somme non négligeable de 25000 francs français de l'époque, en espèces.

Bizarrement, on se marie difficilement dans la famille Anselmier, et la plupart des 13 enfants resteront célibataires. Hélène sera toute sa vie attachée à cette nouvelle famille. La première année de mariage, elle partage même la vie des quatre sœurs de Gaston autour du père, un ancien commandant d'un bataillon du génie, et de la mère. Tous sont installés à Belley.

Gaston trouvera au bout de quelques mois une situation à Bouan, sur la commune de Bruxière-la-Grue, dans l'Allier, où il loue et gère un domaine agricole de trois ou quatre métairies. Ni vraiment pauvres, ni vraiment riches, les Anselmier vivront toujours une situation précaire qui ne les empêchera pas d'entretenir différentes employées de maison jusqu'à leur mort. Après deux naissances (Marie 1861, Julie 1864), les époux et les " moutardes "(sic) finissent par s'installer à Genève où Gaston représentera pour la Suisse, jusqu'à sa retraite, l'entreprise des ciments H.Delastre dont le siège social est à Virieu-le-Grand (Ain).

Après cinq ans de mariage, en 1866, Hélène Anselmier reprend les pinceaux. Cela reste alors une activité tout à fait accessoire. A titre d'exemple, en 1872, elle exécute deux tableaux pour sa mère et pour M. Cochet ; elle se met d'accord sur le prix : un demi boisseau (environ cinq litres) de vin de Mâcon.

Elle décrit la même année sa méthode de travail : cinq ou six séjours sur le lieu pour faire des esquisses et pochades, puis réalisation à l'atelier avec un peu de recompositions, et retour sur le terrain, une ou deux fois, souvent avec la toile, pour les finitions.

Même si sa production baisse, elle garde un " agent " en la personne du galeriste et encadreur Dusserre de Lyon. C'est un marchand de tableaux, qui représente les intérêts de peintres important, comme Ravier. Elle lui reste attachée toute sa vie. C'est chez lui qu'elle achète son matériel : couleurs, châssis, pinceaux, cadres…C'est lui qui l'aide à monter ses toiles lors de l'Exposition universelle de 1872, dont l'accroche se fait après l'ouverture et la publication du catalogue.

 

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Période genevoise

La famille Anselmier, catholique pratiquante, fait sa place dans la cité de Calvin, tout en entretenant de nombreux contacts avec Lyon. Elle y vit dès 1865. Emménagée tout d'abord à la rue de Lausanne, la famille s'installe finalement au No 9 de la rue des Alpes, un bâtiment toujours existant aujourd'hui.

Tout en s'occupant de sa représentation des ciments H.Delastre, Gaston cherche à développer d'autres activités. Il dépose en 1881 un brevet pour un " procédé d'enrichissement des roches asphaltiques pauvres ". Cette initiative demeure sans succès.

A des fins alimentaires, Hélène Anselmier se lance avec ses filles dans la production de boîtes peintes, représentant par exemple la rade de Genève et le Mont-Blanc. Ces objets sont destinés aux touristes de passage. Elle affirme qu'elle peut gagner par là de trois à cinq francs par jour.

Elle poursuit son activité artistique dans plusieurs domaines. Elle n'abandonne certes jamais le paysage. On la voit ainsi poser son regard sur la campagne genevoise, le lac Léman ou les Alpes. Mais elle développe également d'autres techniques. Elle touche, dans les années 1870, à la peinture sur porcelaine, même si c'est sa fille Julie qui poussera le plus la production dans ce sens. Elle se met également aux dessins et aux gouaches d'inspiration botanique.

En 1884, c'est le décès de Marie, la fille aînée, emportée par une fièvre typhoïde. La jeune femme, âgée de 23 ans, fait preuve d'une technique picturale très sure, acquise de sa mère. Ses dessins et aquarelles de fleurs sont particulièrement remarquables.

Dès la fin de cette décennie, Hélène organise très régulièrement des cours de peinture qui sont, selon les années, très fréquentés. En 1885, elle loue une pièce supplémentaire dans l'immeuble de la rue des Alpes, de façon à développer cette activité. Sa fille Julie y participe et partage aussi sa nouvelle passion : la photographie. Elles tirent alors elles-mêmes les épreuves. Les sujets familiaux concurrencent les paysages et les reproductions de tableaux. Louis Guy, qui travailla beaucoup à partir de photographies, a pu certainement bénéficier de leurs techniques.

Hélène Anselmier participe alors régulièrement à des expositions, comme celles de l'Athénée dont elle devient sociétaire. A notre connaissance, elle présente des œuvres dans ce lieu au moins en 1872, 1895 et 1896. Si son nom disparaît peu à peu, cela est certes dû à sa baisse d'activité, mais aussi au changement de goût du public et des acheteurs potentiels.

Gaston Anselmier décède au début du printemps 1898. Quant à Hélène, elle s'éteint le 13 novembre 1911. La cause de sa mort ne nous est pas connue. Dans une lettre de condoléances, un médecin, ami de la famille , déclare : " La maladie qui l'a enlevée est certes plus pénible encore pour l'entourage que pour le malade et malheureusement notre art n'est guère armé pour sa défense ".

 

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Signatures

On lui connaît plusieurs signatures : Hélène ou H Pourra, Hélène ou H Anselmier Pourra, Hélène ou H Anselmier, HP ou HA. Les œuvres sont parfois datées. On peut trouver des mentions de localisation sur le châssis. Presque toutes les œuvres ont fait l'objet d'un inventaire, par l'artiste elle-même ou pas sa fille Julie qui vécut jusqu'en 1958. Elles portent au dos des étiquettes de deux types : des blanches festonnées, certainement plus anciennes, et des blanches à liseré bleu. Sur chacune on trouve un numéro se référant à un répertoire inconnu à ce jour, une localisation et une attribution particulièrement utile pour les œuvres non signées. Il est également possible d'attribuer certaines œuvres grâce aux documents photographiques, entre autres les prises de vue de l'atelier de la peintre. Pour certaines pièces, ni signées, ni attribuées, mais faisant partie du " fond " de l'atelier Anselmier, retrouvé en Suisse à La Sarraz en 1998, il est difficile de distinguer ce qui est de la mère ou de ses filles. Certaines œuvres encore portent la mention " Classe Anselmier " et proviennent des cours donnés par Hélène, sans qu'on puisse les attribuer à qui que ce soit.

 

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Avis de recherche

Dans le but d'établir un catalogue raisonné des œuvres d'Hélène Pourra Anselmier, nous prions toutes les personnes qui en posséderaient ou qui pourraient en localiser, de le faire savoir à l'adresse suivante :

François Reymondin
CH 1148 L'Isle
Tel & fax :
0041/(0)21/ 864 40 52
E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

A cette même adresse vous pouvez obtenir d'autres renseignements et des documents iconographiques.

 

 

 

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